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L’élection de Donald Trump, un non-évènement ?

Prenant les marchés financiers par surprise, l’élection de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis a donné lieu à des mouvements erratiques d’une grande ampleur. Les bourses asiatiques, premières ouvertes, ont assez fortement dévissé, Tokyo cédant à une forme de panique. Les marchés européens ont entamé en vif recul avant de se redresser tout au long de la séance et de terminer fréquemment dans le vert ; certaines places ont ainsi subi une variation de plus de 4% à l’intérieur de la journée. Enfin Wall Street, ayant eu le temps de l’analyse, a rectifié les premières indications baissières des futures pour finir en forte hausse, ouvrant la voie au rebond en Asie le lendemain. Aussi nombre d’observateurs en ont-ils conclu qu’en fin de compte l’élection ne changeait pas substantiellement les perspectives de long terme et relevait d’une péripétie.


Achevé de rédiger le 18/11/2016

Achevé de rédiger le 14/11/2016

C’est selon nous faire bien peu de cas des orientations dévoilées durant la campagne par le candidat Trump. Certes, l’exercice effectif du pouvoir amende toujours en partie les propos de campagne, et le nouveau président américain devra convaincre des Chambres pas toujours parfaitement disposées à son égard du bien-fondé de ses options. Si l’on admet que celles-ci seront bien mises en œuvre, au moins partiellement, on distingue plusieurs changements qui ne sont pas mineurs de nature à modifier les perspectives de certains marchés et les allocations de portefeuille, et que les investisseurs pourraient tenter d’anticiper.

On ne connaît pas le détail précis des mesures économiques envisagées par le nouveau président, mais les grandes lignes en ont été exprimées avec une clarté suffisante. Elles visent à une stimulation de l’activité domestique, en particulier via une importante relance des dépenses d’infrastructures, qui avoisinerait 1000 milliards USD sur dix ans, un accroissement du budget de la défense, une forte baisse de l’imposition des sociétés incitées par ailleurs à rapatrier leurs bénéfices réalisés à l’étranger via une sorte d’amnistie fiscale, un allégement des impôts des particuliers. S’y ajoutent une diminution des contraintes environnementales, une dérégulation du secteur bancaire avec une révision voire une abrogation de la loi Dodd-Frank adoptée au lendemain de la crise des subprimes et une bienveillance affichée envers les hausses salariales. 

En sens inverse, le retour à un certain isolationnisme confirmé par les premières déclarations (Japon, Corée, Otan…) a pour corollaire une volonté de réduire l’accès au marché américain de produits de pays plus ou moins suspectés de dumping : Chine et Mexique en premier lieu, mais jusqu’à l’Allemagne. Il faut en attendre une réduction au moins relative des échanges extérieurs et par conséquent de l’offre sur le marché intérieur, et au-delà un freinage supplémentaire du commerce mondial déjà ralenti : les Etats-Unis restent, et de loin, le premier importateur mondial de biens avec 2300 milliards USD en 2015. Par ailleurs, le souci de contenir le déficit du budget fédéral va entraîner des coupes dans certaines dépenses publiques, le secteur de la santé étant visé au premier chef. Enfin, l’intention affichée de reconduire des millions de travailleurs non autorisés aux frontières affectera la production de ceux des secteurs qui y ont recours, dont l’agriculture qui est un soutien constant de la balance commerciale. Plus largement, la volonté de restreindre l’immigration joue contre l’offre de travail. Par solde, ce programme dans la veine traditionnelle républicaine est plutôt stimulant pour la croissance, mais se greffant sur un cycle déjà très long -l’expansion entrera d’ici quelques mois dans sa neuvième année- dans une économie en plein emploi, et organisant quelques restrictions diffuses, il comporte aussi le risque d’accroître une inflation qui, en définition stricte, approche déjà les 2,5%. Il laisse aussi présager la poursuite de la hausse de la dette américaine

L’exercice effectif du pouvoir, le travail parlementaire apporteront bien entendu certaines réorientations de ces objectifs, mais il est dès maintenant possible aux investisseurs d’en tirer plusieurs conclusions. Tout d’abord, la politique monétaire de la Fed apparaît largement inadaptée. A force de vouloir ménager les marchés, elle est maintenant très en retard sur la réalité économique : un taux d’intervention à 0,25-0,5% quand l’inflation tangente 2,5% et que la hausse nominale du PIB approche 5% présente le risque d’une mauvaise allocation des ressources. Certes, cette politique a dopé Wall Street pour le bonheur des boursiers mais elle doit être rectifiée rapidement, de façon significative. 

La Fed doit piloter la hausse des taux longs pour financer un déficit budgétaire consistant, au risque que les marchés ne s’en chargent à sa place avec fracas. Le fait que le mandat de Mme Yellen ait peu de chance d’être renouvelé par le président Trump dans un an ne doit pas l’empêcher d’agir, et le nouvel élu n’a pas formulé d’opposition à un resserrement monétaire. Nous devons donc considérer la hausse des taux comme certaine en 2017 et la première conséquence déjà tirée par les marchés est la dégradation du marché obligataire. Celle-ci va se poursuivre au gré de la remontée des taux ; elle ne sera pas linéaire et on ne doit pas extrapoler la brutalité de la récente détérioration, mais la direction ne fait pas de doute, tracée par l’augmentation des besoins de financement et la montée de l’inflation. L’effet de cette hausse est moins discernable sur le dollar ; elle lui est a priori favorable du fait de l’attrait de capitaux mieux rémunérés, bien que des grands équilibres moins assurés s’y oppose. Mais à horizon des six prochains mois au moins, nous opterions pour un renforcement de la devise US.

Si la perspective obligataire est mauvaise, celle des marchés d’actions peut réserver une meilleure tendance, avec quelques réserves cependant. D’un point de vue sectoriel, plusieurs branches devraient bénéficier du nouveau programme : les travaux publics et la construction, la défense comme on l’a cité plus haut, mais aussi les énergies fossiles puisque leur relance sera favorisée. Le secteur financier se réjouit de la dérégulation promise. La santé-pharmacie semble attendre aussi des bienfaits d’une administration moins contraignante, à tempérer sans doute du fait des restrictions annoncées en matière d’accès aux soins. La consommation discrétionnaire -automobile, produits de luxe- sera portée aussi par la distribution de pouvoir d’achat, au moins initialement. A l’inverse, le monde de la technologie, globalement adverse au nouveau président, les énergies nouvelles, les télécoms, les services publics (« utilities ») sensibles à la hausse des taux, peut-être la distribution sous la menace de restrictions de dépenses sociales, enfin les valeurs très exportatrices sujettes à de possibles rétorsions devraient perdre de la dynamique. L’aspect expansionniste de la politique Trump est de nature à pousser encore le marché des actions, d’autant que le rapatriement d’une partie des encaisses à l’étranger par les entreprises financera aisément la poursuite des rachats de titres et autres faveurs aux actionnaires. Cependant, il intervient à un moment où la hausse antérieure est déjà exceptionnellement longue et la valorisation des actions est très élevée dans un contexte de tassement des résultats depuis plusieurs trimestres. Avec la remontée des taux longs en filigrane, le soutien apporté aux actions depuis l’élection pourrait rapidement manquer de souffle.

On le voit, l’arrivée de Donald Trump à la tête des Etats-Unis est un évènement économique d’importance qui s’accompagne d’une forme de rupture -sans même évoquer les conséquences politiques sur la scène internationale. Elle acte l’épilogue du formidable marché haussier obligataire depuis plus de trois décennies, et rebat les cartes quant au positionnement de nombre de sociétés américaines tant sur leur marché domestique qu’à l’étranger ; enfin, elle apporte une inflexion probablement majeure sur les échanges internationaux. Les premières décisions de l’administration, à partir de janvier prochain, confirmeront selon toute vraisemblance ce diagnostic.

Christian CHARDIN
mes-placements.fr
Achevé de rédiger le 14/11/2016

Les analyses et commentaires figurant dans cette lettre reflètent le sentiment et l'opinion de Christian CHARDIN, économiste de mes-placements.fr, sur l'économie, les marchés et leurs évolutions possibles, compte tenu de son expertise, des analyses économiques et des informations possédées à ce jour. Ils ne sauraient toutefois constituer un quelconque engagement ou garantie de son auteur ou de mes-placements.fr/Finance Sélection. Les investisseurs demeurent entièrement maîtres et responsables de leurs choix d'investissement et de l'adéquation de ceux-ci avec leur situation patrimoniale et personnelle. Ils reconnaissent assumer et supporter l'intégralité des risques financiers liés à leurs investissements. L'investissement en SICAV/FCP/SCPI/EMTN… ne comporte aucune garantie, ni de rémunération ni de capital.


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